Interview de Robbe Vekeman

 

En tant que batteur, Robbe Vekeman a été sollicité pour rejoindre le groupe belge Bazart. Ont suivi quantité de tournées dans des clubs bondés et dans des festivals. Il a écumé toutes les scènes importantes de Belgique et des Pays-Bas, et le succès ne semble pas faiblir. Keymusic s'est entretenu avec ce timide batteur de 24 ans qui, pendant la semaine, donne tranquillement des leçons à Bruges, chez Metronoom / Keymusic.

Que s'est-il passé avant que tu n'obtiennes la place de batteur titulaire dans le groupe Bazart ? Comment en es-tu arrivé là ?

Je connais le chanteur de Bazart depuis un bon bout de temps. Il habite près de chez moi et nous sommes allés à l'école ensemble. Dès qu'on se voyait, on commençait à discuter de musique : il en a toujours été ainsi ! Du coup, on s'est toujours dit que ce serait génial si on arrivait à trouver une musique qu'on pourrait jouer ensemble …
Et à un moment donné, son groupe voulait aller dans une nouvelle direction et ils cherchaient un batteur. Donc, Mathieu, le chanteur du groupe, m'a téléphoné un jour, et quelques mois plus tard, on répétait ensemble : voilà comment ça s'est passé.

Pour toi, quels furent les temps forts de Bazart jusqu'à présent ?

Tout s'est passé tellement vite que c'est difficile de continuer à y croire et de penser que tout cela a bien eu lieu ! Le premier temps fort, ce fut tout d'abord l'Ancienne Belgique à Bruxelles, où nous avons joué à guichets fermés. Juste après, on a joué au festival rock de Werchter, c'était un autre temps fort. Rock Werchter et Pukkelpop, tout cela était génial : c'étaient des rêves d'adolescents pour nous, et l'espace d'un été, ces rêves sont devenus réalité. Début octobre, nous avons de nouveau joué deux fois à l'Ancienne Belgique, et de nouveau, les deux fois, tous les billets étaient vendus ! Donc, non seulement "ça se passe", mais ça a l'air de vouloir durer. L'année prochaine, on va jouer à la Lotto Arena, qui est comparable au Heineken Music Hall, et les places ont été vendues en une seule journée, on a donc dû prévoir un second concert.

Et tout cela, alors que vous ne faites pas une musique particulièrement commerciale. Mais apparemment, elle vous permet quand même de remplir des stades ?

Oui, on peut voir ça comme un coup de poker : car ce n'était pas l'intention au départ. Je sais que Mathieu écrit simplement ce qui a le don de plaire à ses propres oreilles, et qu'il s'exprime le mieux en néerlandais. Et puis, le groupe voulait faire quelque chose de vraiment différent, pas seulement être l'un des nombreux groupe qui attendent "dans la file" … C'est pourquoi, à l'époque, on s'est dit : "mais pourquoi pas chanter en néerlandais ?" Et nous voulions combiner cela avec une musique qu'on aimait et qui avait un caractère résolument contemporain. Nous avions la ferme intention de faire de la musique pop, donc, je ne sais pas si cela s'adressait à un public large ou pas. En tout cas, je pense qu'il y avait un manque à ce niveau en Belgique, je veux dire, le fait de pouvoir chanter en néerlandais facilement en même temps qu'un morceau. Mais nous ne voulions pas non plus que ce soit semblable à ce qui existe déjà en matière de musique d'expression néerlandophone.

A quel âge as-tu découvert la batterie ?

J'avais 15 ans. En fait, j'ai commencé les percussions quand j'avais 11 ans, j'avais pris quelques leçons pour démarrer, et j'ai trouvé ça génial. Et puis à un moment donné, j'avais passé tous les stades successifs de la formation, et mon prof de l'époque m'a dit qu'il n'avait plus grand-chose à m'apprendre, et qu'il me conseillait donc de passer à l'apprentissage de la batterie. C'est ainsi que j'ai donc commencé, dans le courant de ma quinzième année …

Le succès de Bazart a-t-il changé quelque chose en toi ?

Je ne pense pas. Les choses sont telles que j'ai travaillé pour arriver à un tel résultat, et que j'ai étudié la musique. Donc, j'ai toujours eu en ligne de mire le fait d'aller toujours plus loin en musique, et de rester actif dans ce domaine. Bref, c'était ce que je voulais vraiment faire. Peu de groupes ont la chance, en adoptant de tels critères, d'arriver à un résultat aussi satisfaisant, il faut bien garder cela en tête aussi. A présent, j'essaie juste d'en profiter, en pleine conscience, car cela peut tout aussi bien disparaître du jour au lendemain ! Oui, nous en profitons tous un maximum pour l'instant, tout en sachant qu'un tel succès peut s'arrêter à un certain moment et que tout sera à recommencer.

Parallèlement à ton rôle de batteur au sein du groupe, tu donnes des leçons à l'école musicale Metronoom, qui est une section de Keymusic Bruges. Qu'est-ce qui t'intéresse le plus dans cette fonction ?

Ce qu'il y a de plus intéressant, c'est que, avec aucun élève, je ne suis de schéma fixe ou de plan d'apprentissage figé quand j'enseigne. Vous pouvez apprendre ce que vous voulez, dire ce qui vous intéresse et ce que vous aimeriez apprendre, et j'en tiens compte par la suite. J'ai des débutants, mais aussi des étudiants qui sont déjà en train de se former depuis un certain temps et qui voudraient se spécialiser dans un genre déterminé. Avec chaque élève, les choses sont différentes, chacun a sa personnalité, et c'est ça que je trouve tellement excitant.

J'imagine que tu dois être une source d'inspiration pour les gens à qui tu donnes cours. Je veux dire, grâce à toute l'expérience acquise lors de tes nombreux concerts. Mais toi, y a-t-il quelqu'un qui t'inspire ?

Euh … C'est une question difficile. Et puis, non, pas vraiment : je peux certainement citer Kevin Parker, car il fait vraiment tout lui-même. J'en suis même jaloux ! Il fait des disques complets à lui seul, et ça "sonne d'enfer" ! Mais j'aime aussi tout ce que fait Justin Timberlake, de ses débuts à nos jours. Donc, il s'agit d'un fameux périmètre ! Mais je n'ai pas vraiment une mentalité de vrai "supporter" : je n'ai pas en tête un groupe ou un artiste qui m'obsède.

Quelles sont tes ambitions ?

Avant, je disais toujours : "quand j'aurai terminé l'étude de la batterie, je commencerai la guitare." Et je voulais même apprendre encore d'autres choses, mais cela n'a débouché sur rien de concret, car je suis trop occupé par la batterie. Je voudrais faire des tas de choses, mais pour l'instant, je n'ai pas le temps nécessaire pour ça.
Pouvoir jouer de la guitare et produire moi-même, voilà tout ce que j'aimerais faire, mais je n'y arrive pas. Kevin Parker n'est pas tellement plus âgé que moi, et pourtant, il arrive à faire tout cela très bien. Mais moi, si je devais m'y mettre maintenant, ce serait très difficile !

Quels conseils donnerais-tu à des batteurs débutants qui sont à la recherche d'une batterie ?

De nos jours, il y a autant de choix dans les batteries électroniques que dans les batteries acoustiques. Grâce au métronome, on apprend beaucoup sur les batteries électroniques, ce qui m'amène à une double réflexion. Premier point, c'est à la fois très bon comme méthode, et c'est très facile d'apprendre la batterie. Et second point, d'un point de vue pratique, c'est aussi plus facile. D'abord, on ne doit pas autant tenir compte de son entourage : on peut mettre le volume très bas, ou même ne jouer qu'au casque. Ensuite, cela prend moins de place, car la batterie électronique est plus compacte.
Bref, s'il s'agit d'apprendre, je trouve qu'il vaut mieux conseiller une batterie électronique, mais à côté de cela, je tiens à ajouter immédiatement qu'il faut être conscient d'une chose : ce n'est pas la même chose que de jouer sur une batterie acoustique. Naturellement, je ne veux pas imposer à chacun ou chacune d'acheter et une batterie électronique et une batterie acoustique ! Mais en fait, c'est malheureusement l'idéal : jouer sur un kit acoustique quand on en a l'occasion, et jouer sur un kit électronique quand on doit s'exercer sans déranger les personnes aux alentours.

Sur quel type de batterie joues-tu ?

Mon premier kit, c'était une Ludwig. J'en suis encore très satisfait à l'heure actuelle, et en concert, je joue toujours avec ce kit. Devant un public, je joue tant en acoustique qu'en électronique : j'utilise un kit acoustique auquel j'ajoute des éléments électroniques, comme un SPD-SX de Roland et des capteurs avec des pads externes, donc, j'essaie de combiner tout cela, et c'est très intéressant. La musique de Bazart a un côté très électronique, mais quand on joue 'live', c'est toujours amusant de disposer aussi de la puissance acoustique d'une batterie. En fait, c'est très amusant de combiner les deux et de se livrer à des expériences.

Tout au long de ta carrière, quelle sont les erreurs dont tu as le plus appris ?

Il faut dire que quand j'ai commencé la batterie, il fallait d'abord apprendre à lire le solfège avant d'être autorisé à apprendre un instrument. Suite à cela, après deux ans, j'ai arrêté d'apprendre la batterie dans cette académie musicale, car à ce moment-là, je trouvais cela stupide de devoir chanter et de savoir lire les notes pour jouer de la batterie.
Quelques années plus tard, je me suis inscrit à l'académie rock de Hasselt, et bien entendu, j'ai dû recommencer. Mais mes connaissances étaient si faibles que finalement, je n'ai pas pu terminer mes études par cette voie.